Taïba Ndiaye, Sénégal

À Taïba Ndiaye, village de la région de Thiès, l’eau n’est pas seulement une ressource vitale : c’est aussi un sujet qui suscite débats et questionnements. Depuis que la gestion des forages a été confiée à Aquatech, les habitants oscillent entre l’espoir d’un service plus fiable et la crainte de perdre la maîtrise d’un bien commun.

Sur le terrain, la réalité m’a rapidement rappelé que tout ne se passe pas comme prévu. Les rendez-vous se fixaient souvent à la dernière minute, changeaient, ou dépendaient simplement de la disponibilité du moment. Il fallait être patiente et flexible. Les entretiens se déroulaient parfois au milieu d’allées et venues, de discussions parallèles, d’enfants qui jouent, de chaises qu’on déplace. S’adapter faisait partie du travail.

La sensibilité du sujet renforçait ces défis. Parler de l’eau et de sa privatisation demandait de garantir la confidentialité, notamment avec les représentants d’Aquatech. Instaurer un climat de confiance était essentiel pour obtenir des témoignages sincères, sans jugement ni retenue.

Ma propre position dans la communauté a joué un rôle important. Ayant grandi et étudié à Taïba Ndiaye, j’étais reconnue et perçue comme une « du village ». Cette proximité facilitait l’accès aux familles et aux discussions informelles. Mais elle comportait aussi un risque : être trop proche pour garder la distance nécessaire à l’analyse. J’ai donc cherché à naviguer entre ces deux pôles, dans une posture que je qualifierais aujourd’hui de « positionnalité fluide » : parfois insider, parfois outsider, selon les moments et les interlocuteurs.

Cette expérience m’a montré que le terrain n’est jamais seulement une question de méthode. L’écoute, la patience et la manière d’être auprès des personnes rencontrées comptent autant que l’outil d’enquête lui-même. La recherche se construit dans les gestes du quotidien, les silences, les retours improvisés et les liens tissés au fil des rencontres.

– Daouda