Katmandou, le 7 avril 2025
Voilà presque deux mois que je vis à Katmandou, dans le quartier animé de Koteshwor, pour réaliser le terrain de mon mémoire. Mon quotidien se partage entre les entretiens, les trajets en bus chaotiques, les sourires échangés et, bien sûr… les repas ! Ici, je vis chez Punam, ma mère d’accueil, qui cuisine local, de saison, et finalement très « slow food », bien avant que ce soit une tendance.
Son plat le plus fameux ? Le fameux « Dāl bhāt power 24 hours », une expression que j’ai rapidement adoptée. Le dāl bhāt est le repas national, mangé deux à trois fois par jour par de nombreuses familles népalaises : en général vers 10 heures, parfois dans l’après-midi, puis à nouveau vers 18 heures. Il se compose de riz blanc, de dāl de lentilles (il en existe de nombreux types, plus ou moins épicés), accompagné de légumes de saison : saag (épinards népalais), pommes de terre, petits pois, parfois avec du paneer (fromage indien), et d’autres légumes selon la période. C’est un repas savoureux, relativement léger, peu gras et effectivement très énergisant. C’est aussi le principal repas servi au Népal, quels que soient les contextes, urbains, ruraux ou alpins.
La ville offre cependant bien d’autres goûts et circuits culinaires : les momos, les samosas, les « laping » (des nouilles glacées, souvent relevées), ou encore les yomari, un dessert typique de l’ethnie Newar. Mis à part la nourriture, Katmandou se situe à 1’300 mètres d’altitude et, en ce moment, nous sommes en pleine saison sèche. Cette année est particulièrement aride et la pluie se fait attendre, elle n’est pas tombée depuis septembre. La sécheresse s’accompagne de feux de forêt qui, malheureusement, accentuent encore davantage la pollution de l’air. Plusieurs défis climatiques se posent ici, et avec le changement climatique, ils risquent de s’intensifier.
Mais si je suis ici, c’est pour autre chose que la cuisine. Le sujet de mon mémoire porte sur le jardinage sur les toits, ou rooftop gardening (RTG), une pratique en plein essor dans la vallée de Katmandou. L’idée semble simple : cultiver des légumes sur les toits. Pourtant, elle révèle des enjeux bien plus profonds. Qui jardine ? Pourquoi ? Et surtout : est-ce que cette activité, souvent menée par des femmes, transforme leur rôle au sein du foyer ? En cultivant des tomates ou du basilic, cultivent-elles aussi une forme d’autonomie ?
Entre février et juin, j’ai rencontré des dizaines de femmes, parfois seules, parfois accompagnées de leur mari. Elles m’ont ouvert la porte de leur maison et souvent, celle de leur toit. Ce sont elles les principales actrices du RTG. Mais, surprise : la motivation principale n’est pas toujours la sécurité alimentaire. Beaucoup évoquent plutôt le plaisir, le lien avec la nature, ou la nostalgie d’un passé rural. Sur ces toits, elles retrouvent un espace pour elles, loin des tâches domestiques. Certaines y trouvent même un répit mental, un moment de calme.
Mais tout n’est pas simple. La double charge (travail domestique et jardinage) peut peser lourd, surtout pour celles qui n’ont pas d’aide. Pourtant, le jardinage leur offre aussi un espace où elles prennent des décisions, un lieu qui leur appartient au sein du foyer. Même si cette reconnaissance ne renverse pas forcément les rôles traditionnels, elle crée des micro-transformations, parfois subtiles, mais importantes.
Une belle surprise au fil de ces rencontres : sur ces toits, entre compost et coriandre, c’est toute une société qui se raconte — silencieusement, mais puissamment.
– Florence

Interview avec Radha, participante de la pratique du jardinage sur les toits de Kathmandu

Production d’ail sur les toits de Katmandou dans des boxes en sagexes

Vu sur l’agriculture agricole urbaine à côté du fleuve Bagmati